Facebook débarque sur le terrain des journaux locaux

Telle une pieuvre avec ses milliers de tentacules, le géant Facebook entrera sur un terrain longtemps réservé aux journaux locaux : celui de la publicité hyper locale. Depuis toujours, l’hebdo local permet à un annonceur de cibler une zone géographique précise dont les contours sont clairement définis, afin de ne rejoindre que le marché qui le concerne vraiment.

Facebook rejoint aujourd’hui 50% des internautes de la planète qui résident à l’extérieur de l’Asie. En vertu de la loi des grands nombres, Facebook craint que sa croissance ne s’essouffle en ce qui a trait au nombre d’usagers, une crainte que je partage aussi.

Pour stimuler la croissance de ses revenus et pour atteindre la masse critique nécessaire que demandera son entrée en Bourse, l’entreprise misera sur la publicité mobile et locale, comme en témoigne un article paru dans Adversting Age. Selon plusieurs observateurs, l’entreprise entreprendra au printemps 2012 l’envoi de publicités hyper locales à ses 425 millions d’abonnés qui disposent de l’application mobile Facebook sur un téléphone intelligent. Le géant a donc l’œil grand ouvert sur le marché local de la publicité en ligne (sans oublier Google), courtisant à l’heure actuelle aux États-Unis, à la fois les petits détaillants et les grands tels les Wal-Mart et Baskin-Robbins de ce monde.

La publicité locale mobile aux États-Unis générait en 2011 environ 1,5 milliard de dollars et en 2013, Borrell Associates prévoit qu’elle atteindra 3,1 milliards. Un marché qui aura doublé en seulement deux ans!

Là où l’entrée de Facebook sur le « terrain local » m’inquiète, c’est que l’entreprise a lancé en septembre dernier le géociblage par code postal et qu’elle distribue massivement des gratuités publicitaires atteignant 130$ aux petits commerçants. C’est ici que Facebook devient une véritable menace, car les petits annonceurs déplaceront éventuellement des dollars alloués aux journaux et à leur site internet vers le leader des réseaux sociaux. Et à ce géociblage, l’entreprise pourra éventuellement marier les dizaines de données qu’elle accumule sur chacun d’entre nous, afin de nous envoyer la bonne publicité au bon moment.

Pour Facebook, cette incursion locale constitue un moyen de gonfler les tarifs publicitaires, car la publicité hyper locale vaut de 8 à 10 fois plus sur le plan du coût par clic comparativement aux tarifs nationaux. Voyez-vous ici une petite mine d’or?

Comme industrie, la presse locale devra réagir rapidement, car on peut comparer l’entrée de Facebook dans le marché de la publicité locale, à l’arrivée de Wal-Mart dans les localités de moins de 50 000 habitants au Québec, alors que l’entreprise accapare une part importante du marché traditionnellement réservé aux petits détaillants.

Les journaux locaux devront offrir des services à valeur ajoutée aux annonceurs, en leur offrant entre autres une offre intégrée papier-web-mobilité. L’avantage que nous avons toutefois, c’est la connaissance intime du besoin de nos annonceurs. Nous les connaissons par leur prénom. Facebook, non.

 

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Journaux imprimés: le dérapage des « spécialistes »

Vous connaissez le Center for the Digital Future du USC Annenberg School? Eh bien, moi non plus, avant que Google ne m’avise de la publication d’une nouvelle étude qui prédit la mort des journaux, cette fois pour 2017!

D’autres grands « spécialistes [1] » ont prédit la mort du journal papier pour 2030, voire 2040. L’étude du Annenberg School, dont les résultats complets seront dévoilés d’ici la fin du mois de janvier, devance donc la date de la fin du journal tel qu’on le connaît. Puis-je vous dire que je suis assez perplexe des résultats attendus de cette analyse?

Selon le directeur du Centre de recherche de l’université de Southern California, Jeffrey Cole :

“Circulation of print newspapers continues to plummet, and we believe that the only print newspapers that will survive will be at the extremes of the medium – the largest and the smallest,”. It’s likely that only four major daily newspapers will continue in print form: The New York Times, USA Today, the Washington Post, and the Wall Street Journal. At the other extreme, local weekly newspapers may still survive.

Donc, selon cette étude, seuls les grands quotidiens et les petits journaux, incidemment les hebdos locaux, survivront. Tout ce qui se situe entre les deux mourra d’ici cinq ans!

Je trouve de plus en plus ces prédictions royalement agaçantes, car la plupart des grands « spécialistes » oublient un élément fondamental du casse-tête : le public. Ils perdent de vue un aspect fondamental de la vitesse d’implantation du changement, soit la capacité de monsieur et madame tout le monde à s’y adapter. À moins que tous les baby-boomers ne meurent d’ici cinq ans, je doute fort qu’ils délaissent massivement l’habitude du papier, fortement imprimée dans leurs gènes! Si tous les journaux de taille moyenne devaient disparaître d’ici cinq ans, cela s’expliquera surtout par une mauvaise gestion, une absence de vision et par le poids d’une dette devenue contraignante, et non pas par une désaffection du lecteur.

Que révèle en plus cette étude? Elle prédit entre autres que les tablettes électroniques supplanteront l’ordinateur personnel d’ici trois ans. Oui, vous avez bien lu. Trois ans!

J’estime que ces grands « spécialistes » y vont un peu fort avec leurs prévisions, bien souvent, par simple désir d’attirer vers eux les projecteurs afin de se construire un capital de notoriété. En conséquence, ils laissent un goût amer sur la toile et ils minent le moral des artisans d’une importante industrie, celle des imprimés.

Nul ne connait l’avenir. La seule certitude, c’est que je mourrai un jour. Mais quand? Peut-être le Center for the Digital Future a-t-il la réponse?

 

 

 



[1] Note de l’auteur : lire ici avec ironie…

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Hebdos Québec formule cinq demandes au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine

Hebdos Québec formule cinq demandes au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine

Dans le cadre des consultations sur les orientations du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine que tient la ministre Christine St-Pierre en matière d’information d’intérêt public, je reproduis ici l’essentiel de l’intervention que j’ai prononcée le 14 novembre 2011 à Montréal.

Madame la ministre, Hebdos Québec est l’association des journaux locaux du Québec qui regroupe 154 journaux hebdomadaires locaux et son effectif est composé à la fois de journaux indépendants et de publications détenues par Transcontinental et Quebecor Media. Créée il y a maintenant 80 ans, Hebdos Québec existe pour soutenir le développement de l’industrie de la presse hebdomadaire locale privée au Québec.

Notre industrie joue un rôle de premier plan dans le domaine de l’information locale car les membres d’Hebdos Québec génèrent à eux seuls près de 97 % de l’offre d’information locale écrite au Québec. Toutes les semaines, près de 4 millions de personnes, soit 64% des adultes québécois, lisent un journal local membre d’Hebdos Québec.

La richesse et la pertinence de l’information sont à la base de notre succès, et plus que jamais, la création de contenus d’intérêt général de qualité constitue une préoccupation de tous les jours pour nos membres. D’ailleurs, des sondages commandés à une firme externe démontrent que le public québécois estime dans une proportion de 80 % que l’information rapportée dans les journaux membres d’Hebdos Québec est très crédible et de grande qualité.

Madame la ministre, il n’y a jamais eu à ce jour autant de diversité dans le secteur de l’information locale écrite au Québec. Dans certaines localités de la province, le public a accès à 5, voire 7 publications provenant d’hebdos locaux, de journaux communautaires et de publications spécialisées, et cela, sans compter les centaines de sites internet d’information locale répertoriés au Québec.

Notre association, Hebdos Québec, représente une seule voix : celle de l’information locale, sans égard à la propriété des journaux qui sont membres de notre association. Qu’ils soient indépendants, coopératifs ou encore membres d’un grand groupe de presse, chacun de ces journaux joue un rôle fondamental et essentiel dans sa communauté.

Tout journal local, peu importe s’il est détenu par un grand groupe de presse ou non, doit atteindre des objectifs de rentabilité. Les ressources humaines et financières dont disposent les journaux, sans égard à leur propriété, sont inégales selon l’endroit où l’on se situe au Québec, car ces ressources découlent de la vivacité du marché publicitaire dans un secteur donné. Par ailleurs, les journaux locaux – qu’ils soient communautaires ou détenus par des intérêts privés – se livrent concurrence pour la même assiette publicitaire.

Avec comme objectif d’aider les journaux locaux à maintenir la qualité de l’information et la diversité des opinions, et afin de rétablir une certaine équité dans le domaine des médias locaux, permettez- moi de vous rappeler les cinq demandes que nous avons déjà formulées à votre ministère au cours des deux dernières années. Nous vous avons demandé :

1. Une aide à l’embauche de journalistes et à la production d’enquêtes.

2. Une aide récurrente pour soutenir nos programmes de formation.

3. Une aide pour poursuivre le virage numérique déjà amorcé, afin de produire des reportages en format vidéo, avec tout ce que cela implique en matière de technologie et de formation aux nouvelles réalités du journalisme.

4.  Une aide à la distribution des journaux car il est devenu onéreux de livrer des journaux de porte-à-porte, alors que pour 85 % de nos lecteurs, la copie papier demeure la plateforme préférée et exclusive.

5. Enfin, permettre à Hebdos Québec d’avoir accès au programme de financement actuellement offert aux associations communautaires pour des projets structurants pour l’industrie.

La diversité des organes de presse a un prix, peu importe la structure de propriété du journal. Nous demandons à votre ministère d’étendre les programmes d’aides offerts aux médias communautaires à l’ensemble de la presse locale du Québec, car c’est par elle que passe une bonne partie de la diversité des voix.

Une aide gouvernementale, sous la forme de crédits d’impôt, est une avenue prometteuse selon nous, car elle tient compte de la capacité de payer de chacun des journaux et que cette formule a déjà démontré son efficacité, notamment en production télévisuelle.

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