Le «local» fait parler

Le «local» fait parler. Google ne recense pas moins de 1,4 milliard d’incidences sur le sujet, alors que le mot «hyperlocal» en récolte plus de 2,3 millions. La presse spécialisée en communication marketing traite régulièrement du retour en force du local. Mais que se passe-t-il au juste? Signe des temps ou simple buzz?

Selon Alice Dumas, du web observatoire journalismes.info, les États-Unis sont les premiers à avoir perçu tous les atouts du local. «C’est là-bas que le web hyperlocal a connu ses premiers succès et que le terme même d’ »hyperlocal » a été inventé pour être presque une mode aujourd’hui. Il y a des villes américaines où les journalistes, amateurs ou professionnels, rémunérés ou « wannabes », poussent comme des champignons parmi la population», souligne l’auteure.

Une récente enquête du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval place la nouvelle locale en tête du palmarès des nouvelles recherchées par le public (voir ci-bas). Il y a vingt ans, si cette même étude avait été menée, je parierais que la nouvelle internationale aurait volé la vedette. Par ailleurs, Le Devoir rapportait dans son édition électronique du 8 novembre 2010 que la couverture internationale de la nouvelle chute partout dans le monde, dans des proportions pouvant atteindre 40%.

Comment donc expliquer cette hausse marquée de l’intérêt du public pour la nouvelle locale? Je tente ici quelques explications.

• La société individualiste met en relief un concept important, celui de la proximité. Pour satisfaire nos égos, nous voulons du sur-mesure. De l’exclusivité. Et la nouvelle locale est par définition une nouvelle de proximité. Depuis l’avènement du journalisme citoyen, le public a désormais besoin d’être témoin de la nouvelle. Il veut la voir, la sentir, la toucher. Et seule la nouvelle locale peut combler ce besoin, car bien qu’elle puisse nous émouvoir, on ne peut être témoin d’une nouvelle qui survient à plus de 6000 kilomètres de la maison.

• L’internet et la multiplication des chaînes télé d’information continue ont apporté une masse importante de nouvelles en provenance de l’extérieur depuis les 15 dernières années. Ces nouvelles, souvent chargées négativement, peuvent devenir lourdes à lire ou à regarder. Par contre, la nouvelle locale est généralement plus positive puisque nous ne vivons pas chez nous de conflits armés ou de cataclysmes naturels comme on en voit un peu partout dans le monde.

• Les enjeux environnementaux servent aussi de levier pour remettre la localité à l’avant-scène. Il est désormais démontré que consommer localement constitue une approche écologique. Cette conscientisation nous conduit à rechercher des informations utiles que l’on retrouvera surtout dans les médias locaux, principalement les journaux, en raison de leur proximité géographique.

À ce jour, mes observations me portent à croire que nous assistons à un véritable retour du pendule en matière d’information, oscillant désormais de l’international vers le local. Bien évidemment, l’un n’exclut pas l’autre. Il ne s’agit donc pas que d’un simple buzz, mais bien d’un véritable signe des temps. C’est le retour en force de la nouvelle locale.

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Une réponse à Le «local» fait parler

  1. Didier dit :

    Retour de pendule de l’international vers le local? C’est curieux car je n’ai jamais eu l’impression que les Québécois étaient particulièrement intéressés par l’international.Ni aujourd’hui ni hier. Mais il s’agit bien d’une question de perception.

    C’est dommage qu’on n’ait pas accès au questionnaire et aux détails précis de la méthodologie (méthodes exactes, profils socio-économique des participants) de cette «enquête» qui est en fait un sondage. La majorité des répondants semble habiter des régions urbaines et on ne spécifie pas les autres régions auxquelles on donne l’étiquette «en province». Les conditions d’accès aux médias et donc aux divers types de nouvelles et d’informations sont infiniment différentes selon qu’on vive à Sherbrooke en Estrie ou à Maria en Gaspésie! Dans plusieurs localités que Québec, on n’a pas encore accès à internet à haute vitesse et, de ce fait le développement de l’hyperlocal est passablement entravé.

    Aussi, parle t-on vraiment des intérêts ou des habitudes des gens? Si on vous pose la question «À quel sujet vous intéressez-vous le plus?» ou «Quel sujet présente le plus d’importance à vos yeux?» ou sur quel sujet vous-informez-vous le plus?», on risque d’avoir trois réponses différentes. Par exemple, une personne peut s’intéresser beaucoup aux sports, considérer la politique locale comme plus importante car elle a un impact dans sa vie mais s’informer davantage au sujet de la politique régionale car les informations sur la politique locale sont difficiles à obtenir dans le lieu ou elle habite.

    Bref, intéressant, mais fort limité.

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